NOUS DEVONS SAUVER LA PLAGE DE HANN ET REHABILITER SA BELLE BAIE
Le mot de l'auteur du texte et de la photographe
« Passionnée de photos depuis 1992, Enda Tiers – Monde m'a initiée. Mes reportages se sont enchaînés sur des thèmes sociaux urbains touchant les plus déshérités. Aujourd'hui ce sont les oubliés des plans d'urbanisme de la Baie de Hann. Si des mesures d'assainissement aussi rigoureuses qu'urgentes ne sont pas prises, elle deviendra, comme le mentionnait le Journal « l'Autre Afrique (N°24, 17-30 juillet 2002, p.53) « Hann, la Baie des cochons »
Contact: Kadia SOW; Tél: (221) 551 20 53; B.P. 3651 Dakar R.P.; kadiaphoto@yahoo.fr
TEXTE DE LA PLAQUETTE DE L'EXPOSITION DE KADIA SOW
« La plage de Hann dans la Baie de Dakar, à une quinzaine de kilomètres de la ville fut renommée par la douceur de ses eaux et la propreté et la beauté de son sable. C'était la sortie dominicale des gens de la ville ; au-delà du port, au-delà des bateaux de plaisance, un magnifique jardin botanique et zoologique de grande réputation s'y est installé.
Aujourd'hui, la plage de Hann doit être recherchée à travers un dédale de ruelles plus ou moins défoncées. Un mûr de baraques déglinguées et de constructions très privées, aussi prétentieuses qu'harmonieuses n'en ouvre que des accès intimes.
La plage est pleine de vie, pleine d'activités, les femmes vont et viennent avec de grandes bassines sur la tête. Les enfants jouent dans l'eau sombre de la fin de l'été. Ils jouent avec des plastiques colorés. La plage est le grand terrain de jeu de tous ceux qui ne peuvent pas aller jouer plus loin.
Les longues journées d'été sont bien remplies à s'inventer mille jeux avec les couleurs et les formes qu'invente et que ramène la mer. Les enfants ramassent les objets sur leur plage comme autant de jouets.
Les pirogues multicolores viennent le ventre plein de poissons, elles atterrissent difficilement au milieu des immondices. Les femmes les attendent avec leurs bassines pour aller les vendre ou les cuisiner. Les oiseaux de mer attendent que leur tribut tombe à terre pour les récupérer.
Un forte odeur accroche la gorge. Au loin, les cheminées des conserveries de poissons crachent leur fumée noire.
La quiétude bon – enfant devient du désoeuvrement.
La vie s'est installée sur une plage – décharge. Elle permet une survie apparente et donne la mort silencieuse.
Au milieu des années quatre vingt, on venait encore de toute la banlieue se baigner sur cette plage ; de Pikine, des HLM, de la Cité des Eaux. A présent, pendant les vacances, personne ne vient plus, sauf dans les parties privatisées où l'entrée et payante, sauf peut-être pour acheter des poissons. Dans cet univers de saleté et de crasse , seuls restent les enfants qui n'ont d'autres choix, ni d'autre univers.
La magnifique Baie de Hann connaît un désastre écologique inégalé. Le charme de la Baie est rompu depuis que la ville explose plus vite encore que la population de Dakar, que les pratiques rurales et industrielles s'exercent en milieu urbain à haute densité démographique, sans science, ni conscience, ni contrôle.
Tout l'espace est pollué : l'air, l'eau, la terre, le sable. Les pollutions les plus visibles sont loin d'être les plus dangereuses. Les eaux souillées et putrides ne se déversent pas uniquement des grandes et lourdes bassines sur la tête des femmes et des gamines, mais pour l'essentiel par les égouts déversant là sans aucun traitement. Ces égouts de l'Hôpital ou d'ailleurs, arrivent noirâtres, aussi discrets et silencieux que nauséabonds à travers la plage que les habitants traversent pieds nus.
Un attroupement de vautours et de chiens se querellent à la sortie de l'égout ensanglanté et puant des abattoirs. Les rapaces se disputent quelques déchets putrides.. Au-delà, les gens se font rare. Seuls, quelques sportifs apprécient la quiétude d'une plage tranquille pour se muscler avant d'aller piquer une tête dans l'eau brunâtre.
Par une mousse fétide, la mer tente désespérément de repousser ces poisons vers la terre. Les poissons ont déserté la Baie depuis longtemps et restent au-delà de l'île de Gorée.
Dans cette accumulation de déchets hautement toxiques, les enfants sont heureux, ils jouent, se lavent dans cet immense cloaque.
Cette innocence rejoint l'innocence des adultes. Il y a ceux qui ont installé leur maison si près de la mer qu'elle entre dans les maisons aux grandes marées d'hivernage. Ces marées vomissent sur la plage toutes les immondices que les hommes ont jetées à la Baie. Pour éviter d'être bloqués par celles-ci dans les cabanes, les habitations ont deux portes, l'une vers la mer et l'autre pour se sauver.
Il y a aussi l'innocence coupable de ceux qui savent et ne font pas grand-chose pour prévenir des dangers du canal VI et des autres déversoirs".
N.B. : Après avoir dénoncé vigoureusement à plusieurs reprises la situation catastrophique de la Baie de Hann, en lui consacrant même un temps d'antenne de cinq minutes à la télévision nationale lors de sa campagne électorale des législatives de 2001, mais aussi, après cette exposition de la photographe Kadia SOW, pertinente à plus d'un titre, aujourd'hui, un grand projet d'assainissement et de réhabilitation a été annoncé par le Gouvernement avec le financement d'un des partenaires du Sénégal au développement.
Le Rassemblement des Ecologistes du Sénégal « les VERTS » reste vigilant et observe...
Le 5 juin: JOURNEE MONDIALE DE L'ENVIRONNEMENT:
D'ailleurs le 5 juin 2005 : Journée Mondiale de l'environnement, nous nous sommes amusé, quelques membres du Bureau Exécutif National du Rassemblement des Ecologistes du Sénégal "les VERTS", à faire un «doxantu » (promenade, en langue nationale wolof ) matinal à partir de 6h 30, armés d'une caméra, afin d'apprécier tranquillement et fixer l'état des agressions menées par de mauvais citoyens sur l'environnement de la Commune de Dakar – Plateau. Ainsi, nous avons pu constater à quel point notre capitale, et la commune de Dakar – Plateau en particulier, souffraient du fait des mauvais gestes et des comportements de mauvais citoyens que rien ne semble pouvoir ramener à la raison, puisque le pouvoir libéral a la tête ailleurs. Le littoral du côté de la Corniche-Est est envahi par endroit d'ordures, les rues et les trottoirs sont dans un état révoltant de désolation, parce que transformés le jour en cuisines populaires à ciel ouvert, alors que nous continuons à croire que c'est pendant la nuit que les rues et les trottoirs de toutes les capitales modernes sont balayés et parfois même lavés.
Jusqu'à quand cette situation va-t-elle durer ?
Aussi, à l'occasion de la Journée Mondiale de l'Environnement 2005, avons-nous invité le Président de la République, qui affectionne les «doxantu » (promenades) le long de la Corniche Ouest de Dakar, de réserver sa prochaine sortie à la Corniche Est, la plage de Hann et aux autres rues et trottoirs de Dakar – Plateau à partir de 6h 30, sans avertir personne, afin qu'il puisse lui-même constater et apprécier l'état dans lequel se réveille Dakar, la grande métropole Ouest africaine, si chère à notre c½ur.